11 h 45, la cloche
sonne et, d’un coup, tous les élèves se précipitent vers la porte de la classe.
L’enseignante leur indique de ralentir : « On ne court pas dans les corridors ! »
Camille est la dernière du troupeau. Elle ne se presse pas. Pourtant, elle a
faim elle aussi. Elle rejoint d’un pas indolent ses collègues de classe à la
cafétéria. Discrètement, elle ouvre son sac à lunch. Elle en sort un maigre
sandwich à la confiture et un petit gâteau chocolaté. Elle ne peut s’empêcher
de jeter un regard envieux aux repas généreux de ses copains de classe.
Au Québec comme au
Canada, il n’y a pas de seuil de pauvreté reconnu. Pourtant, selon une étude du gouvernement du Québec datant de 2007, on estime que 7,8 % des jeunes de moins
de 18 ans seraient dans la même situation que Camille et vivraient dans un
foyer prestataire de l’aide de dernier recours du Québec.
Selon Annie
Bussières, travailleuse sociale, les jeunes en situation de pauvreté souffrent
principalement de carence alimentaire, ce qui affecte leur santé et leur
scolarité. « Un enfant qui part à l’école le ventre vide risque de moins bien
réussir à l’école. Il sera incapable de se concentrer et c’est sans parler des
incidences sur son métabolisme ». On dénote qu’un enfant
sur deux né dans un milieu défavorisé a une santé fragile, selon l'étude gouvernementale.
Cette faible constitution
apparaîtrait dès la naissance selon Madame Bussières. « Naître pauvre, c’est
aussi risquer d’avoir un moins bon état de santé dès le départ. » Notamment, des problèmes d’asthme, d’otites, d’embonpoint ou de mauvaise hygiène dentaire.
Ces facteurs peuvent
également avoir des répercussions sur l’estime de l’enfant. « Quand il
compare ses vêtements, ses repas ou ses ressources aux autres et réalise qu’il
est pauvre, c’est sa confiance qui est écorchée », explique Sylvie Auger,
directrice d’un établissement scolaire en milieu défavorisé.
Selon les dernières
statistiques du Troisième rapport
national sur l’état de santé de la population du Québec, les enfants en
milieu défavorisé sont deux fois plus nombreux à éprouver des problèmes
d’apprentissage. Pour Madame Auger, cela s’explique souvent par un manque de
ressources à la maison. « Parfois, les parents n’ont pas les moyens ni les
ressources nécessaires pour encadrer leurs enfants, mais surtout, ils ne savent
pas comment s’y prendre pour leur venir en aide ».
Néanmoins, « il y a de
l’espoir », mentionne Denys Pouliot, intervenant dans un organisme communautaire et issu d'un milieu défavorisé. « Ce qui ne tue pas rend plus
fort. Ça m’a donc rendu plus fort, plus empathique ».
Benoît, 17 ans,
croit aussi qu’il a un bel avenir devant lui, malgré son enfance difficile. Il
désire avoir une vie différente de celle de ses parents. « J’aimerais mieux
travailler au salaire minimum que d’être sur le bien-être social. Le bien-être
social, c’est pas une vie ».
Selon l’organisme
pancanadien Campagne 2000, le Québec demeure pour le moment une des provinces
canadiennes où le taux de pauvreté infantile est le plus bas. Toutefois,
l'écart entre familles riches et pauvres ne cesse de grandir. Comme le rappelle
Madame Bussières : « Chaque geste compte, il faut commencer par s’intéresser à ce qui
se passe dans notre propre quartier ».
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