mercredi 18 avril 2012

Grandir dans la pauvreté


11 h 45, la cloche sonne et, d’un coup, tous les élèves se précipitent vers la porte de la classe. L’enseignante leur indique de ralentir : « On ne court pas dans les corridors ! » Camille est la dernière du troupeau. Elle ne se presse pas. Pourtant, elle a faim elle aussi. Elle rejoint d’un pas indolent ses collègues de classe à la cafétéria. Discrètement, elle ouvre son sac à lunch. Elle en sort un maigre sandwich à la confiture et un petit gâteau chocolaté. Elle ne peut s’empêcher de jeter un regard envieux aux repas généreux de ses copains de classe.

Au Québec comme au Canada, il n’y a pas de seuil de pauvreté reconnu. Pourtant, selon une étude du gouvernement du Québec datant de 2007, on estime que 7,8 % des jeunes de moins de 18 ans seraient dans la même situation que Camille et vivraient dans un foyer prestataire de l’aide de dernier recours du Québec.

Selon Annie Bussières, travailleuse sociale, les jeunes en situation de pauvreté souffrent principalement de carence alimentaire, ce qui affecte leur santé et leur scolarité. « Un enfant qui part à l’école le ventre vide risque de moins bien réussir à l’école. Il sera incapable de se concentrer et c’est sans parler des incidences sur son métabolisme ». On dénote qu’un enfant sur deux né dans un milieu défavorisé a une santé fragile, selon l'étude gouvernementale.

Cette faible constitution apparaîtrait dès la naissance selon Madame Bussières. « Naître pauvre, c’est aussi risquer d’avoir un moins bon état de santé dès le départ. » Notamment, des problèmes d’asthme, d’otites, d’embonpoint ou de mauvaise hygiène dentaire.

Ces facteurs peuvent également avoir des répercussions sur l’estime de l’enfant. « Quand il compare ses vêtements, ses repas ou ses ressources aux autres et réalise qu’il est pauvre, c’est sa confiance qui est écorchée », explique Sylvie Auger, directrice d’un établissement scolaire en milieu défavorisé.

Selon les dernières statistiques du Troisième rapport national sur l’état de santé de la population du Québec, les enfants en milieu défavorisé sont deux fois plus nombreux à éprouver des problèmes d’apprentissage. Pour Madame Auger, cela s’explique souvent par un manque de ressources à la maison. « Parfois, les parents n’ont pas les moyens ni les ressources nécessaires pour encadrer leurs enfants, mais surtout, ils ne savent pas comment s’y prendre pour leur venir en aide ».

Néanmoins, « il y a de l’espoir », mentionne Denys Pouliot, intervenant dans un organisme communautaire et issu d'un milieu défavorisé. « Ce qui ne tue pas rend plus fort. Ça m’a donc rendu plus fort, plus empathique ».

Benoît, 17 ans, croit aussi qu’il a un bel avenir devant lui, malgré son enfance difficile. Il désire avoir une vie différente de celle de ses parents. « J’aimerais mieux travailler au salaire minimum que d’être sur le bien-être social. Le bien-être social, c’est pas une vie ».

Selon l’organisme pancanadien Campagne 2000, le Québec demeure pour le moment une des provinces canadiennes où le taux de pauvreté infantile est le plus bas. Toutefois, l'écart entre familles riches et pauvres ne cesse de grandir. Comme le rappelle Madame Bussières : « Chaque geste compte, il faut commencer par s’intéresser à ce qui se passe dans notre propre quartier ».